mercredi 22 octobre 2008

Label vital

La Belle dont on ne parle jamais. La Belle avec qui on vit. La belle vie.

Sans elle, la pluie n'est jamais rien d'autre que la pluie, mais lorsqu'elle est là, la pluie, c'est le changement, la fraîcheur des journées qui palpitent au rythme de gouttes d'eau sur nos vêtements. Elle et moi sous la pluie, Boulevard de la Cluse, un coin de Paradis gris, un coin de rue humide, nos pas colorés sur le sol, elle en direction du job et moi en direction "d'elle". Je tiens la route, depuis trois ans, oui, je tiens la route. Je l'aime, elle m'aime. Il n'y a sous ces mots aucune question, aucun orage, rien d'autre qu'un ciel sans couleur,qui ne demande qu'à être peint. Je l'accompagne, je la suis. C'est un peu elle qui me traine, comme toujours, dans le dédalle genevois; un coup au Boulevard Carl Vogt, un coup devant le Starbucks à Rive, au fond du bus 6 direction Charmilles. On ne perd jamais de temps lorsqu'elle me prend la main. On ne perd jamais le nord non plus. On se surprend surtout calmée et rassurée par cette paume tiède qui se presse contre la nôtre. Toutefois, il arrivera que l'on se perde vers le sud, le temps d'un voyage, sac au dos, billets en main, des voyages initatiques à travers des cultures, un voyage initiatique à travers son regard, d'un bleu nouveau sous le soleil du pays.

Elle, c'est un peu moi, en bien mieux. C'est l'obstination sur le bien-être qu'offrent nos vies d'étudiantes. C'est l'amour exclusif, fusionnel et secret au grand damne des couples libres. C'est le portrait d'un jeune érudit d'Utrecht que Vermeer s'était acharné à enjoliver et à perfectionner sous les gestes impitoyables de son pinceau voilà presque quatre siècle. Je ne vous parle pas ici des qualités que le héros de la Bible a données à la Belle en matière d'analyse et de réflexion; un puit sans fond de finesse et d'esprit. Je ne vous cache pas l'aimer un peu pour ça aussi et je pense que vous vous passerez bien de la description de mon regard rivé sur les exploits intellectuels de celle-ci. Nous voici déjà loin du Boulevard de la Cluse, à quelques mètres de son travail. Le déchirement est proche, le déchirement se fait sentir, comme une petite brûlure prenant sa source au fond de ma gorge et envahissant petit à petit tout l'intérieur de mon cou. Elle s'en va travailler et moi je m'en vais l'attendre. Je vais me figer jusqu'à ce soir et me rendre, ainsi amorphe, à mes cours de géo, comme un rituel mécanique. Je vais pianoter en mode auto-pilote les mots qui me seront adressés à moi, ainsi qu'aux quelques autres géographes, sur le clavier de mon ordinateur. Je vais l'attendre comme on attend la nuit pour aller faire la fête.

Je vais l'attendre, la Belle dont je n'avais jamais parlé. La Belle avec je vis. La Belle vie.

Posté par Pidy à 15:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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